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Etre prof, ça veut dire quoi ?

Bien le bonjour !

Aujourd'hui je suis ici pour te parler boulot (oh noon). 
Devenir prof d’anglais ça a été une évidence qui est arrivée en terminale (oui, très tard). J’ai failli rater le coche et me retrouver dans une filière qui m’aurait très certainement déplut. Alors qu’au lycée je me destinais à la médecine et le métier de Kiné, je subissais plus que ce que j’appréciais les cours de maths et de physique bien que je trouvais ça fascinant. 
Poussée dans le mauvais sens par des professeurs qui me croyaient incapable d’y arriver, j’ai décidé d’abandonner l’idée d’aller en médecine et de me consacrer à mon plan B, l’anglais. (Je dois dire merci, là ?) 
askellimac
Est-ce que je regrette d’avoir changé de cap ? Absolument pas. J’aurais pu, c’est vrai, tenter le coup et me réorienter ensuite mais avec le recul je sais que j’ai fait le bon choix en choisissant de ne pas aller en médecine et prendre une voie dans laquelle je me sentais bien plus épanouie. 



Mais qu’est-ce que c’est ‘être prof’ ?

Je n’ai pas énormément d’expérience en la matière car je suis prof seulement depuis deux ans. Mais j’en sais déjà assez pour te dessiner un portrait plutôt détaillé du métier.


Comment on fait pour devenir prof (dans le second degré) ?

Les chemins sont divers et variés. Le chemin classique c’est licence, puis master (à mon époque MEEF mais comme le nom change chaque année ce n’est pas certain que ça soit encore ça). La maquette des masters fait en sorte que tu passes le concours en M1 et que tu effectues ton stage en M2. 
Mais, il y a différentes voies possibles : 
  • Maman de 3 enfants ou sportif de haut niveau ? Pas besoin de master. Tu peux t’inscrire au concours en candidat libre. 
  • Passer le concours en interne après avoir été dans l’éducation nationale au moins 3 ans (AVS, AED… oui, familiarises toi avec les acronymes tout de suite parce que tu n’en es pas sorti sinon) 
  • Passer le concours en justifiant une expérience professionnelle liée de près ou de loin à la matière que tu souhaites enseigner (expérience d’au moins 5 ans) 
  • Etre contractuel (professeur sous contrat) bien que tu aies besoin de certaines qualifications dans la matière également (au moins une licence). Attention, il y des risques que tu ne sois pas payé toute l’année. 
Bref, les voies d’accès sont infinies … et tu peux aussi devenir prof dans le privé et donc ne pas avoir à passer de concours (bien qu’il existe un concours pour les professeurs de l’enseignement privé également) 

Image: qu'est-ce qu'un bon prof?

Le temps de travail ?

Selon les anciens, les premières années pour 18h de présentiel compte au moins le double voire le triple de préparation à la maison. C’est vrai pour moi mais ce n’est pas valable pour tout le monde. Pour ma part, pour mon année de néo-titulaire (le sang frais de l’éducation nationale) je me suis retrouvée avec les quatre niveaux du collège à préparer (tout à faire, donc) et comme je me refuse à utiliser les manuels, ça veut dire que je fais TOUT moi-même (ou presque).
Je crée mes séquences en me basant sur les programmes et en m’inspirant d’idées sur internet et même si internet regorge d’idée de séquences toutes prêtes qui sont fabuleuses, quand ce n’est pas moi qui le fait je n’arrive pas à m’approprier l’idée et donc, je finis toujours par tout remanier. Et ça, ça prend du temps. Créer des documents (texte, image, vidéo, audio), faire des montages, réfléchir à l’impact pédagogiques, aux notions culturelles. Bref, c’est long. Ne t’attends pas à te trouver tranquille une fois l’année de stage passée, ce n’est que le début. De plus, moi je suis dans un tout petit établissement (90 élèves) et les élèves sont très souvent frères et sœurs alors je sais que je vais devoir changer une grande partie de mon contenu chaque année pour ne pas être prise pour une grosse flemmarde. 
18h de présentiel c’est rien ? Alors, sache que mes dix dernières semaines travaillées au moins 50 heures chacune, seule devant mon PC, en face des élèves ou leurs cahiers je suis proche du coma par épuisement. Et pendant ce temps, mes élèves me demandent l’après-midi même, après avoir fait le contrôle le matin si j’ai corrigé leur contrôle. NON je n’ai pas corrigé ton foutu contrôle parce que j’étais occupé à me nourrir, je peux ? 
J’entends souvent que c’est le pied de finir à 16h30… Donc dans l’imaginaire des gens j'ai probablement une floppée de petit gens à la maison qui créent mes exercices et corrigent mes copies pendant que je regarde Netflix avachie sur mon canapé (oui ça m’arrive quand même).
Sache qu’à 16h la journée commence réellement. Plusieurs heures de travail pour entendre aux réunions parents profs ‘vous faites pas encore d’échanges avec d’autres pays, comment ça se fait ?’ alors mon cher monsieur, avant d’échanger en anglais parfait avec d’autres pays, apprenons donc à votre enfant à coller une feuille dans le bon sens et à écrire son prénom sur ses copies. 

Image: apprendre l'anglais.

Les mutations ?

Je ne veux pas être impolie mais c’est la m*rde…et en même temps c’est un système qui est assez juste. Tu fais autant d'études et on t'envoie à l'autre bout de la France. Tu dois quitter ta vie alors que le rectorat, sans scrupule, t'indique qu'en plus t'es même pas en poste fixe.
Si tu te destines à être prof dans le second degré, sache que les chances que tu restes dans ta région (surtout si tu viens du Sud de la France) sont infimes. Si t’es jeune, sans enfants et sans conjoint officiel (PACS, mariage) je peux presque t’assurer que tu finiras en région Parisienne. Pas le côté cool de Paris intramuros ou de la banlieue sympathique : NON NON. Tu vas finir dans l’académie de Créteil, ou Versailles (et si t’es sudiste il y a de grandes chances pour que ça ne soit pas ton délire). Ce n’est pas forcément terrible, hein, tu vas peut-être avoir de la chance et tomber dans un bahut génial mais il est aussi possible que tu tombes dans une Rep ++++ (où peut importe le nom du collège de cité où tu vas faire de la discipline 80% du temps). Ceci dit, enseigner dans un collège difficile peut être extrêmement valorisant et certains d’entre nous ne se verraient pas enseigner ailleurs.
Par expérience, enseigner dans un quartier défavorisé a été une expérience formatrice et géniale pour moi d’une part parce que très souvent dans les collèges difficiles, l’équipe pédagogique est très liée et se soutient énormément mais aussi parce que les enfants (quand ils t’aiment bien) te le rendent à 200%. Ils apprécient le fait qu’on s’intéresse à eux et qu’on leur apporte une certaine stabilité (ce qu’ils n’ont pas toujours à la maison) 

La réalité du métier ?

Attends-toi à faire la police et à être éducatrice spécialisée une bonne partie de ton temps. Tu veux ne faire que de la pédagogie ? Dans le monde d'aujourd’hui, ça ne se détache pas du métier d’éducateur. Tu enseignes, répètes, soignes, écoutes, dialogues, apprends ET tu fais l’éducation de certain. Oui oui. Tu fais prof, infirmière, psychologue, gendarme, assistante sociale ET nounou voire maman. C’est beaucoup de casquettes que tu vas devoir porter même si tu ne t’en sens pas capable. 
C’est vrai qu’on râle beaucoup, nous les profs et on est souvent caricaturés avec des pancartes de manif au bout du bras. Alors oui, on râle mais parce qu’on est énervé pas juste par principe. On nous pense privilégiés, alors que depuis plusieurs dizaines d'années le métier d'enseignant ne fait clairement plus partie de ces professions privilégiées.
Nous n’avons pas beaucoup de moyens alors que l’éducation des futurs citoyens devrait être au centre de l’attention mais c’est vrai les réformes du bac pour faire des économies c’est tellement mieux. Si le respect des profs et le dialogue parents-profs est en perdition, c’est parce qu’on passe notre temps à nous justifier alors qu’on nous impose restrictions et programmes. 
Image: Le gardien du savoir s'est mangé une patate

Les vacances ?

Ah… le sujet tabou : ‘les profs et les vacances’. Ça fait jaser depuis tant d’années que franchement on se demande encore pourquoi le sujet est à la mode. Oui, j’ai des vacances. 
Dans le cerveau des gens, enseigner c’est tellement facile que ça n’explique pas pourquoi on a besoin d’autant de vacances… La réalité ? La plupart du temps pendant l’année, je dors peu, j’ai le temps de rien faire et je n’ai pas l’énergie de passer l’aspirateur chez moi. J'ai même pas de famille alors crois moi que j'appréhende le moment ou j'aurais mes propres gosses. En plus de ça, imagine-toi que les vacances c’est pas seulement pour les profs, c’est aussi pour les mômes : au bout d’un moment eux aussi ils ont besoin de rien faire pendant deux semaines. Parfois on me dit "Ah non, mais moi, toute la journée avec des enfants, je ne peux pas". Ben tu vois, moi je peux mais en contrepartie j’ai besoin de les laisser à leurs géniteurs assez régulièrement pour garder un esprit (relativement) sain. 

Pourquoi je ne supporte pas que l’on rabaisse on métier ?

Oui oui, c'est un discours de vielle fille aigrie tout ça j'aime quand même très sincèrement et très profondément ce que je fais. Je sais que dans l’éducation nationale on n'est pas tous des exemples d’intégrité ou de professionnalisme mais si vous saviez combien de fois j’ai été rabaissée parce que j’enseigne…
Pour moi l’enseignement est une vocation et j’y mets tout mon cœur et toute mon âme dedans. Je suis passionnée par mon métier et je fais ce que je fais parce que j’aime les enfants, j’aime leur transmettre mes connaissances et les voir sourire quand ils apprennent quelque chose (et aussi parfois, voir qu’ils m’en veulent à cause du dernier contrôle de grammaire). Donc PITIE, arrêtez de tous nous mettre dans le même sac. Nous ne se sommes pas tous des êtres flemmards et blasés qui font ça par dépit ou par défaut. 
Je ne crois pas faire le métier le plus difficile du monde, loin de là. Mais selon les gens les profs se sentent au-dessus de tout. Sachez que je n’ai pas encadré mon diplôme pour le mettre dans mon salon et l’enseignement c’est pas une secte où on se réunit pour baver sur les autres professions. Je ne fais pas une hiérarchie des métiers, ça n’a aucun sens et que je suis admirative des médecins, de l’agriculteur ou du barman du PMU... donc est-ce qu’on peut admettre que j’ai une place dans la société qui n’est pas celle de la tire-au-flan ? 

On nous critique, on nous envie mais je tiens à dire que le concours est ouvert à tout le monde et qu'on accepte beaucoup mieux les nouveaux collègues que les remarques même si j’imagine que j’aurais le droit à ça toute ma vie et que j’accepterai qu’on me rabaisse avec un sourire forcé. 
Comme j’aime mon métier, je suis prête à le défendre. 

Allez bisous, je vais aller me prélacer dans mon paquet de copies parce que j'suis en vacances (faux).
Camille



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